L'épreuve de Sara

 


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La mort de Sara
Le choix de la femme pour Yitshaq
Le caveau de Makhpèla

L'épreuve de Sara

Pour le Midrache, il existe un lien direct entre le sacrifice de Yitshaq et la mort de Sara. Ainsi s'exprime-t-il :

"Au moment du sacrifice de Yitshaq, Satane se présenta à Sara sous l'apparence de Yitshaq. L'ayant vu, elle lui demande : mon fils, que t'a fait ton père ? Il lui répondit : mon père me conduisit par monts et par vaux jusqu'au sommet d'une montagne haute et perchée. Ayant construit un autel et dressé le bûcher, il me déposa ligoté sur l'autel et s'empara du couteau pour m'abattre. Mais n'était-ce le Saint béni soit-Il qui lui a intimé l'ordre :

"Ne porte pas la main sur ce jeune homme... j'aurais été en ce moment abattu. Il n'a pas fini de parler qu'elle rendit l'âme."

Le midrache insiste sur le rôle joué par Satane dans l'épreuve du sacrifice de Yitshaq. Il est l'instigateur de cette épreuve. Car c'est sur les charges retenues contre Abraham que D'ieu avait consenti de l'éprouver par le sacrifice de son fils. Un fait est clair : Satane n'attend qu'un faux-pas pour s'ériger en accusateur. Abraham le lui a fourni. Rachi expliquant le texte :

"À la suite de ces paroles" cite le midrache :

"À la suite des paroles de Satane qui accusait : De tous les festins qu'Abraham a faits, il ne t'a pas offert un seul taureau ni un seul bélier. D'ieu lui répond : Tout cela n'était que pour son fils. Eh bien, si je lui dis : offre le Moi en sacrifice il ne se dérobera pas."

Il est vrai qu'Abraham, lors de la fête donnée à l'occasion de la naissance miraculeuse de son fils, aurait dû penser à D'ieu. Sans doute, devait-il offrir, avant tout, un sacrifice en signe de reconnaissance à D'ieu. Est-ce une négligence de la part d'Abraham ?

Difficile à croire qu'un homme aussi engagé à servir le Créateur en tout temps ait pu oublier un tant soit peu son devoir ! Il y a tout lieu de penser que ce festin était en soi destiné à glorifier D'ieu pour le miracle fait pour Abraham. Le fait d'avoir invité les personnalités marquantes de son temps, Chèm, Êvèr, Abimèlèkh, répondait à un besoin de rendre grâce en public à D'ieu pour ce miracle. Ce fut d'ailleurs l'occasion pour les princesses et les épouses de ces seigneurs de s'en rendre compte par elles-mêmes :

"Le jour du festin, dit Rachi, les princesses apportèrent leurs enfants avec elles. Sara les a tous allaités. Car on disait : ce n'est pas un enfant de Sara, c'est un enfant qu'elle a trouvé."

Mais Satane ne se contente pas des intentions. Il tient plus compte des actes, les intentions pouvant ne jamais déboucher sur la réalité. Il arrive même que Satane les détourne à son profit. Voici donc Abraham accusé de manquer de reconnaissance à l'égard de D'ieu. Néanmoins D'ieu tient à montrer l'innocence d'Abraham. Pour prouver à tous l'attachement qu'Abraham Lui témoigne, D'ieu exige le sacrifice de son fils Yitshaq. Épreuve difficile, certes ! Abraham l'assume avec son enthousiasme sans pareil. Son impatience à accomplir l'ordre divin est tel qu'il se lève au petit matin, fendillant le bois et sanglant l'âne lui-même.

Et Sara que devient-elle dans toute cette épreuve ? Abraham tient-il compte au moins de ses sentiments, de ses réactions ? Est-il sûr que Sara ne lui reprochera jamais d'avoir sacrifié leur fis unique ? Le midrache souligne :

"À ce moment, Abraham pensa en son for intérieur : Que dois-je faire ? Si j'informe Sara, les femmes sont d'esprit léger ; et si je ne l'informe pas et prends [Yitshaq] à son insu, ne le voyant pas elle s'étranglerait. Que fit-il ? Il dit à Sara : prépare-nous un bon repas de fête aujourd'hui. Elle lui demande : Pourquoi spécialement aujourd'hui ? Pourquoi cette joie ? Des vieillards comme nous, répond-il, ne se réjouiront-ils pas d'avoir eu un enfant à leur vieillesse ? Elle s'en va préparer le repas. Au milieu du repas il lui dit : Sais-tu qu'à peine âgé de trois ans j'ai connu mon Créateur et ce jeune homme grandit sans être éduqué ?  Il existe un lieu situé loin de nous où l'on éduque les enfants, j'ai l'intention de l'y conduire. Va en paix ! lui répond-elle."

Ainsi Abraham s'inquiète de la réaction de Sara face à l'éventuel sacrifice de Yitshaq. L'informer aurait pu provoquer le refus de Sara. Ne pas l'informer jetterait Sara dans une angoisse telle que ne voyant pas Yitshaq, elle s'étranglerait. Mais Abraham décide de la préparer à accepter l'absence de son fils. L'éducation d'un enfant nécessite des sacrifices. La séparation en est un. De quelle durée serait la séparation ? Rien ne la laisse prévoir et Abraham s'arrange pour ne point l'indiquer. Abraham, rappelle que, lui, à l'âge de trois ans, il a connu le maître du monde. Abraham a-t -il réellement maintenu Yitshaq dans l'ignorance totale du Créateur ? Difficile à croire ! Car Abraham s'est assigné un but dans la vie : enseigner à tous les hommes les principes de la foi en D'ieu Un et les amener à ne servir que Lui. Comment dès lors aurait-il négligé d'enseigner à son fils les voies qui mènent à D'ieu Un ?

En vérité, il ne suffit point d'affirmer sa foi en l'unicité de D'ieu. Encore faut-il obéir à toutes ses prescriptions. Abraham eut à faire face à des épreuves dans le seul but de voir jusqu'où il était prêt à se conformer aux directives divines. Yitshaq n'a pas encore eu l'occasion de prouver sa disponibilité à servir D'ieu. C'est de cela que se préoccupe Abraham. Sara ne saurait s'opposer à une telle proposition. Ne l'a-t-on pas vu chasser Yichemaêl pour éviter à Yitshaq de subir sa mauvaise influence ? Elle exigeait une éducation pure et parfaite pour son fils. Les valeurs morales sont enseignées et transmises à Yitshaq. Abraham invoque la nécessité de former son fils à la mise en pratique de ces valeurs.

Sara consent. Abraham et Yitshaq se mettent en route. Rien n'est plus difficile que d'accomplir un acte qui soulève l'opposition radicale de Satane. Le voilà prêt à décourager Abraham. Il ira jusqu'à employer le langage de la sympathie de la compréhension. Comment D'ieu peut-Il exiger d'un vieillard le sacrifice de son seul et unique fils ? Voyant qu'Abraham ne prête aucun crédit à ses paroles, Satane se tourne vers Yitshaq. Il n'obtient pas plus de succès auprès du fils qui obéit aveuglément à son père.

Satane ne s'avoue pas pour autant vaincu. Il prend la forme d'un fleuve qu'Abraham et Yitshaq sont contraints de traverser. L'eau monte, monte et atteint le cou. Alors Abraham s'écrie à l'adresse de D'ieu :

"Maître du monde ! Tu m'as choisi et te révélant à moi, Tu dis : "Je suis unique et tu es unique. Par toi Mon Nom sera connu dans le monde. Offre-moi ton fils Yitshaq en holocauste. Je n'ai point refusé et me voici accomplissant ton ordre. Mais à présent :

"Les flots m'ont atteint, menaçant mes jours !

Si moi ou mon fils Yitshaq étions noyés qui accomplirait Ta parole, et par qui sera proclamée l'Unicité de Ton Nom ? Le Saint béni soit-Il dit : Par ta vie, c'est par toi que l'Unicité de Mon Nom sera proclamée. Aussitôt sur l'ordre du Saint béni soit-Il, le fleuve devint sec. Ils se sont tenus sur la terre ferme.

Se tournant de nouveau vers Abraham, [Satane] lui révèle l'inutilité de son acte : un bélier sera sacrifié et non Yitshaq. Là, Abraham lui inflige un démenti. "Ainsi en est-il des menteurs, ils ne sont pas crédibles même quand ils disent la vérité."

Abraham loin de se décourager, maintient toujours sa confiance en D'ieu. Un serviteur de D'ieu n'a pas à écouter ni les raisons du coeur, ni les raisonnements logiques pour accomplir l'ordre divin. Même lorsque les éléments naturels s'en mêlent pour le décourager, lui procurant l'excuse à invoquer, l'incapacité matérielle de se rendre au lieu du sacrifice, Abraham ne se démonte pas. La situation apparaît dans son aspect tragique sans pour autant obliger Abraham à fléchir.

Cependant l'attitude de Satane nous surprend. Pourquoi créer tant de difficultés à Abraham ? Si son objectif est de ne pas permettre à des descendants d'Abraham de lui tenir toujours tête ne devait-il pas au contraire faciliter la tâche à Abraham afin qu'il n'y ait point justement de descendants à affronter ?

De toute évidence, Satane sait qu'Abraham surmontera l'épreuve. Le bélier est déjà prêt pour remplacer Yitshaq. Il tente par son harcèlement d'atteindre Abraham et altérer sa perfection. Ce faisant, il s'assure de vaincre également tous ses descendants. Aussi l'épreuve était-elle adressée à Abraham et non à Yitshaq.

Ne parvenant pas à vaincre Abraham et Yitshaq, Satane s'interpose pour empêcher le sacrifice du bélier aux lieu et place de Yitshaq. Ce sacrifice consacre le succès d'Abraham et de Yitshaq, à la grande satisfaction de D'ieu qui exauce la prière d'Abraham concernant les générations à venir. Le midrache affirme :

"L'Ét'ernel verra cette offrande pour pardonner chaque année à Israël et pour lui épargner les châtiments qu'il mérite. On dira donc dans les générations à venir : Aujourd'hui D'ieu se montre sur la montagne. La cendre de Yitshaq s'y trouve toujours pour faire expiation de nos fautes."

Ainsi Satane échoue-t-il sur toute la ligne. S'avoue-t-il vaincu pour autant ? Non. N'ayant plus de recours auprès des intéressés eux-mêmes, Abraham et Yitshaq, Satane s'en va attaquer Sara. Pourquoi ? Est-elle concernée par l'épreuve ? Oui. Elle doit prendre part car elle a assuré en grande partie l'éducation de Yitshaq.

Satane se présente à Sara sous l'apparence de Yitshaq.

Pourquoi se déguiser en Yitshaq ? Sans doute voudrait-il donner du crédit à ses paroles ! Il épuise toutes les formes du langage pour faire croire qu'Abraham avait agi de telle sorte que Sara et Yitshaq ignorent tout de ses intentions véritables.

Satane insiste sur le fait qu'Abraham avait intentionnellement fatigué Yitshaq, le conduisant par monts et par vaux, avant de s'arrêter au sommet de la montagne sur lequel sera érigé l'autel. Le but recherché était semble-t-il d'abrutir Yitshaq afin de le neutraliser et de s'assurer de son obéissance.

Plus encore, Satane présente les faits comme si Abraham agissait à l'insu de D'ieu. Pour lui, Sara devait croire que même D'ieu était contre un tel sacrifice. Pourtant Abraham sacrifie son fils contre la volonté de D'ieu. Cela signifie que le père nourrit en fait une haine à l'égard du fils.

Tout le système de Sara s'écroule. Sa vie n'a de sens que par rapport à son fils et à son époux. Satane anéantit, en une minute, tout ce qu'elle a bâti en une vie. Son fils aimé, tant attendu, serait-il l'objet de la haine d'Abraham ? Peut-être avait-il des raisons de douter des vertus du fils ? Mais alors, comment comprendre l'intervention de D'ieu ? À moins qu'Abraham n'ait agi pour des raisons personnelles. Voilà ce qui ébranle Sara.

Néanmoins Sara n'a pu être victime de Satane sans qu'il y ait eu une faille qui lui permette de s'attaquer à elle. En effet, Satane ne se serait jamais hasardé d'en vouloir à une femme aussi vertueuse que Sara si elle ne lui avait donné l'occasion de le faire. Il semble en effet que Sara ait manqué de confiance en D'ieu à propos de la promesse de la naissance de Yitshaq. Ainsi s'était-elle écriée : "Flétrie par l'âge, ce bonheur me serait réservé ! et mon époux est un vieillard ! Ce manque de confiance, cette hésitation, lui a valu de mourir à cause de Yitshaq. D'ieu agit ainsi avec les vertueux et les hommes parfaits : le châtiment ou la récompense font écho à leur conduite. C'est le principe divin  de réciprocité : midda kénèguède midda, mesure pour mesure.


La mort de Sara
Le choix de la femme pour Yitshaq
Le caveau de Makhpèla