La Tora, privilège pour Israël

 


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L'esclave hébreu
Le statut de l'esclave hébreue

La Tora, privilège pour Israël

Lors du don de la Tora sur le Mont Sinaï, D'ieu ne s'est pas contenté des Dix Paroles, Il a également enseigné toutes les lois sociales exposées dans Michepatim. Ces lois, parce que la raison les commande, sont nécessaires à l'équilibre du monde qui ne tient que grâce à l'exercice de la justice. Les hommes sont tous tenus d'y souscrire. Mais Israël y souscrit non pas parce qu'elles sont logiques et rationnelles, mais parce qu'elles émanent de D'ieu.

Rabbi Abbahou rapporte au nom de Rabbi Yossi Benzimra cet enseignement(1) : "Wé-èllè, et voici, indique que les deuxièmes lois, s'ajoutant sur les premières, sont aussi dites à "Sinaï."

Cependant la Tora décernée à Israël, se laisse-t-elle appréhender par un Goy, un non-Juif?

Le Midrache(2) citant le texte(3) :

"Et voici les statuts que tu leur exposeras", répond : "C'est bien ce qu'exprime le verset(4) :

"Il a révélé ses paroles à Yaâqov, ses statuts et ses lois de justice à Israël. Il n'a fait cela pour aucun des autres peuples; aussi ses lois leur demeurent-elles inconnues".

Âqilas [ou Onqélos], le prosélyte, est le fils de la sœur d'Hadrien. Voulant se convertir mais craignant son oncle Hadrien, il lui dit :

Je voudrais pratiquer un commerce.

Aurais-tu besoin d'argent ou d'or? Mes trésors sont à ta disposition.

Je voudrais faire du commerce, voyager et connaître les hommes. Je demande ton avis pour savoir comment m'y prendre.

Alors toute marchandise en baisse et abandonnée, achète-la; elle prendra finalement de la valeur et tu y gagneras.

[Âqilas] vint en Èrèts Yisraèl, apprit la Tora. Quelque temps après, Rabbi Èliêzèr et Rabbi Yéhochouâ remarquant la transfiguration opérée en lui, se dirent : Âqilas étudie la Tora. Arrivé près d'eux, il leur pose des questions auxquelles ils répondent.

S'étant présenté à Hadrien, celui-ci lui dit : Pourquoi ton visage a-t-il changé? Je pense que ta marchandise t'a causé une perte ou alors quelqu'un t'aurait fait une misère!

Oh non! répondit-il. Étant ton parent, qui oserait me faire du mal?

Mais alors pourquoi ton visage a-t-il changé?

J'ai étudié la Tora et subi la pratique de la circoncision.

Qui t'a dit d'agir ainsi?

J'ai demandé ton avis.

Quand?

Alors que je cherchais à faire du commerce, tu m'avais conseillé de choisir la marchandise en baisse et abandonnée car sa valeur serait en hausse. Ayant cherché parmi tous les peuples, je n'ai trouvé de plus bas et abandonné comme Israël. Il est appelé à prendre de la valeur selon les propos de Yéchâya(5) :

"Ainsi parle l'Ét'ernel, le libérateur d'Israël, son Saint, à celui qui est un objet de mépris pour les hommes, de répulsion pour les peuples, à l'esclave des puissants" : "Des rois, en le voyant, se lèvent, des princes se prosterneront par égard pour l'Ét'ernel qui est fidèle à ses promesses, du Saint d'Israël qui t'a élu".

Le conseiller [d'Hadrien] dit à [Âqilas] : Ces gens sont donc voués selon toi à recevoir les hommages des rois tel qu'il est dit "Des rois en le voyant se lèveront"? Hadrien, le souffletant, lui dit : On ne panse que la plaie. Maintenant, nul ne se lève devant un écuyer et tu voudrais que "les rois, en les voyant, se lèveront". Le conseiller répartit : que te reste-t-il à faire? Emprisonne-le ou tue-le car il s'est converti. Il répondit : Âqilas, mon neveu, dès sa conception, était destiné à se convertir.

Que fit le conseiller? Il monta à la terrasse, tombe et meurt. L'Esprit Saint proclame(6) :

"Ainsi périront tous tes ennemis, Seigneur...". Hadrien dit [à Âqilas] : Le conseiller étant mort, tu ne m'as toujours pas dit pourquoi as-tu fait cela?

J'ai voulu étudier la Tora!

Tu aurais pu l'étudier sans te circoncire!

As-tu jamais accordé une distinction à un guerrier sans qu'il ait pris les armes [pour te servir]?

Ainsi est-il, si un homme ne se circoncit pas, il ne peut apprendre la Tora ainsi qu'il est dit : "Il a révélé ses paroles à Yaâqov, ses statuts et ses lois de justice à Israël. Il n'a fait cela pour aucun des autres peuples, aussi ses lois leur demeurent-elles inconnues", parce qu'ils sont incirconcis. Ses statuts, c'est la Tora; ses lois de justice, ce sont les jugements, tel qu'il est dit(7) : "C'est alors qu'il lui impose un principe et une loi".L'expérience d'Âqilas sert d'illustration au Midrache pour montrer l'incompatibilité fondamentale existant entre la science de la Tora et les peuples. Elle ne se laisse appréhender, pour en connaître ses mystères et ses secrets, que par les Bénè Yisraèl. Pourtant la Tora est rationnelle. Et l'homme, se servant des catégories du raisonnement et de la logique, atteindrait la connaissance de la Tora. Pourquoi donc ce texte exclut-il tout Gentil de cette connaissance? Auparavant, essayons de dégager des enseignements de l'aventure d'Âqilas. Celui-ci utilise une ruse pour aborder son oncle, l'empereur romain Hadrien. Il connaît sa haine des Juifs. Il vient de mater une révolte, en l'an 135, celle de Bar Kokhba qui voulait secouer le joug romain et libérer Israël de la domination étrangère. Plusieurs milliers d'hommes trouvent la mort dans cette bataille et le pays est dans une grande détresse. La situation d'Israël est au plus bas. Malgré cela, Âqilas veut se convertir au Judaïsme. Ses rencontres avec les maîtres de l'époque, Rabbi Èliêzèr, Rabbi Yéhochouâ et Rabbi Âqiba, enflamment son âme et le confortent dans sa volonté de devenir Juif. Rien ne le détourne de son projet. Il est prêt à agir pour neutraliser la réaction de son oncle. Il lui demande conseil. Quelle marchandise acheter si l'on veut faire des affaires? Convient-il à un prince, un neveu de l'Empereur de pratiquer le commerce? Certes non! Mais c'est le prétexte de faire un autre commerce, celui des hommes. Avoir des relations directes avec toutes sortes de catégories de personnes. Convaincu, Hadrien lui indique le secret des affaires : acheter la marchandise en baisse car elle finirait par prendre de la valeur et laisser un gros bénéfice. Par expérience, Âqilas n'ignore pas qu'Hadrien lui donnerait un tel conseil. Tout se passe comme s'il voulait justement l'amener à lui exprimer un avis qui ne manquerait pas de s'appliquer à la situation d'Israël.

Aussi, muni de ce conseil, vient-il en Israël apprendre la Tora. Rabbi Èliêzèr et Rabbi Yéhochouâ remarquent déjà au changement de sa physionomie qu'il est en train d'apprendre la Tora. Il perd de sa rudesse, ses traits s'affinent et son visage, quoique révélant une pâleur, est rayonnant, illuminé par une flamme intérieure. Ils n'ont nullement besoin de le lui demander : c'est lui-même qui les assaille de ses questions. Ils répondent à ses doutes, à ses interrogations. Mais n'est-il pas étonnant qu'un prince ait pu, tout ce temps, déjouer la surveillance des gardes romains. Comment ne s'est-on jamais rendu compte de l'évolution d'Âqilas? Faut-il qu'il soit doté d'une grande force de persuasion. Car certainement, il devait certainement exercer une influence très grande sur son entourage et les intéresser à la Tora. Toujours est-il qu'Hadrien ne s'est jamais aperçu, n'a jamais rien appris sur les dispositions nouvelles de son neveu. S'il se rend compte d'un changement physique, maigreur ou pâleur, il veut bien l'attribuer aux mauvaises affaires ou à la malveillance des gens. Âqilas le détrompe : tout vient du fait qu'il a étudié la Tora et pratiqué la circoncision. Bien plus, il lui apprend qu'il n'a fait qu'appliquer à la lettre son conseil : faire acquisition de la marchandise la plus vile et la moins coûteuse. Mis devant le fait accompli, Hadrien ne réagit pas. Il est frappé par la détermination du jeune homme. Citant une prophétie de Yéchâya, il lui annonce la gloire future d'Israël. Tous les rois qui l'ont humilié se prosterneront devant lui. Hadrien n'est nullement obligé de croire en une prophétie de Yéchâya. Mais il lui accorde une importance certaine. Tous les souverains romains savent qu'Israël paie pour sa révolte contre D'ieu. Mais après son repentir, il retrouvera la gloire perdue. Le conseiller d'Hadrien, dubitatif, s'étonne : les rois se lèveront-ils en voyant Israël? Il arrête là la citation du texte. Âqilas, lui, cite tout le texte de Yéchâya précisant que rois et princes auront une telle attitude "par égard pour l'Ét'ernel, fidèle à Ses promesses". Sans doute le fait-il pour apaiser la colère d'Hadrien. Mais le conseiller prend plutôt le parti de susciter la colère d'Hadrien contre Israël. Hadrien défend une position intermédiaire. Un pansement est fait pour guérir une plaie. Celle-ci laisse une cicatrice et la chair ne reprend jamais son aspect premier. Donc Hadrien convient qu'Israël se relèvera mais non pas au point de voir tous les rois soumis de nouveau comme avant sa chute. Le conseiller demande alors à Hadrien, puisque telle est sa position, de faire subir son châtiment à Âqilas. Car ayant osé défier les lois romaines, il mérite la prison ou la mort. Cependant il n'entend rien entreprendre contre Âqilas qui, selon lui, était destiné à la conversion. Désavoué, le conseiller se laisse choir d'une terrasse et meurt. Hadrien demande alors à Âqilas la raison de la pratique de la circoncision. Il comprend qu'il veuille étudier la Tora. Mais la circoncision est un acte qu'il aurait pu éviter. L'intérêt de toute cette aventure est de voir comment, peu à peu, s'opère un glissement dans la résistance d'Hadrien. Son opposition et son hostilité à Israël se situent en fait au niveau politique. Mais pourquoi lui-même avait-il pris les décrets contre les Juifs qui apprennent la Tora, pratiquent la mila, la circoncision et les mitswot. La Providence se joue toujours des ennemis d'Israël. C'est de l'intérieur que D'ieu fait surgir celui qui ébranle leur système. Âqilas est neveu d'Hadrien. Il passe outre les interdits de son oncle, les battant en brèche. Plusieurs soldats et gardes furent envoyés pour ramener Âqilas enchaîné afin qu'il renonce à ses projets. Il les a tous convaincus de devenir Juifs.

Hadrien, comme tout ennemi d'Israël, est prêt à laisser passer l'interdit d'apprendre la Tora en tant que connaissance. L'étudier en vue de l'appliquer est un comble. Surtout pour un prince. Mais il ignore en fait que la Tora elle-même reste fermée à celui qui n'a pas pratiqué la mila, la circoncision. Il ne peut comprendre qu'un lien direct puisse exister entre la mila et la Tora. Quel est-il? L'étude est orale. La parole, milla, est exprimée à l'aide de la bouche, , dont la valeur numérique est 85.  La mila, circoncision, a également pour valeur numérique 85. En vérité, le lien est beaucoup plus profond. La bouche est l'instrument de l'action de l'homme. Son verbe est une action. L'étude de la Tora qu'il articule par l'organe principal de la parole, la bouche, a des répercussions dans les mondes supérieurs! L'étude ne peut unir ces mondes que si elle est parfaite. La perfection elle-même tient au maintien du Bérit mila, l'organe de la mila, dans un état de pureté et de sainteté. La Tora comme la langue sacrée, ne peuvent appartenir qu'à celui qui a pratiqué la mila et la préserve de toute impureté. La Tora est un privilège. Comme tout privilège, il se mérite. C'est la distinction accordée pour des faits d'armes à un soldat. Le roi récompense l'usage efficient et correct des armes. Ainsi la Tora ne sera méritée que par le bon usage de la mila. C'est par cette arme que l'on acquiert la Tora mais aussi que l'on se défend contre les appétits physiques et matériels. Le Midrache(8) rapporte :

"Une fois Âqilas dit à Hadrien César : Je veux me convertir, devenir un Israélite. Quoi, tu veux te joindre à ce peuple! Combien l'ai-je humilié! Combien l'ai-je massacré! Au plus vil des peuples tu veux te mêler? Qu'as-tu vu en eux que tu veuilles te convertir?

Âqilas répartit : le plus petit parmi eux sait comment le Saint béni soit-Il a créé le monde : la création du premier jour, celle du deuxième jour, le nombre d'années qui nous séparent de la Création du monde, sur quoi repose le monde, et leur Tora est vraie.

Hadrien lui recommande : apprends leur Tora mais ne te fais pas circoncire.

Et Âqilas de reprendre : même le plus sage de ton royaume, âgé de cent années, ne pourra pas apprendre leur Tora s'il ne se fait pas circoncire.

Ainsi il est écrit(9) : "Il a révélé Ses paroles à Yaâqov, Ses statuts et Ses lois de justice à Israël. Il n'a fait cela pour aucun des peuples, aussi leurs lois leur demeurent-elles inconnues".Ce Midrache révèle une évolution certaine dans l'esprit d'Hadrien. Il comprend qu'un homme avide de connaissances puisse étudier la Tora. Mais subir une opération pour acquérir une connaissance est inconcevable. Aussi consent-il à laisser Âqilas étudier la Tora qui renferme tant de sagesse, mais lui défend d'entreprendre la circoncision. Âqilas refuse au nom même de la Tora car il ne saurait, sans la mila, la comprendre.

Cependant, il semble qu'Âqilas, au moment où il présente sa requête à Hadrien, avait déjà entrepris l'étude de la Tora. Autrement il ne saurait affirmer que la Tora demeure inaccessible à quiconque est incirconcis. La Tora ne livre, en effet, ses secrets qu'à celui qui est circoncis. Ce qui intéresse Âqilas, c'est l'aspect intérieur et secret de la Tora. Connaître la Tora dans ce qu'elle possède de plus intime, telles les questions métaphysiques intéressant la Création du monde et la raison fondamentale de chaque mitswa, n'est possible que s'il pratique la circoncision.

Âqilas savait pourtant, pour gagner la partie, qu'il devait créer un fait accompli : pratiquer la circoncision. Ainsi devant une situation de non-retour, Hadrien ne saurait faire de pression sur Âqilas qui, en se convertissant, a laissé à Israël la traduction araméenne de la Bible que nos Maîtres qualifient de traduction reçue du Mont Sinaï. Digne reconnaissance du Judaïsme à Âqilas à travers toutes les générations.

1. Tanhouma sur la Sidra paragr. 3.

2. Tanhouma paragr. 5.

3. Chémot 21, 1.

4. Téhillim 147, 19-20.

5. Chap. 49, 7.

6. Chofétim 5, 31.

7. Chémot 15, 25.

8. Chémot Rabba chap. 30 paragr. 9.

9. Téhillim 147, 19-20.