La destruction des lieux d'idolâtrie

 


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Récompense et Châtiment
La vie morale

La destruction des lieux d'idolâtrie

«Voici les lois et les statuts que vous aurez soin d'observer dans le pays que l'Ét'ernel, D'ieu de tes pères, t'a destiné comme possession; vous les observerez tout le temps que vous vivrez dans ce pays. Vous devez détruire tous les lieux où les peuples dépossédés par vous auront honoré leurs dieux, sur les hautes montagnes et sur les collines, et au pied des arbres touffus. Renversez leurs autels, brisez leurs monuments, livrez leurs bosquets aux flammes, abattez les images de leurs dieux; effacez enfin leur souvenir de cette contrée. Vous n'en userez point de la sorte envers l'Ét'ernel, votre D'ieu, mais uniquement à l'endroit que l'Ét'ernel, votre D'ieu, aura adopté entre toutes vos tribus pour y attacher son nom, dans ce lieu de sa résidence vous irez l'invoquer(1)

Avant de passer à la conquête de Kénaâne, Mochè rappelle aux Bénè Yisraèl leur devoir de se conformer aux lois divines afin de s'attirer bénédiction et bonheur. Il est évident qu'Israël est libre de choisir le bien ou le mal. Mais il doit savoir les conséquences tant bonnes que graves auxquelles il s'expose.

La bénédiction et la malédiction seront proposées à Israël aussitôt installé dans le pays de Kénaâne. La bénédiction sera proclamée sur le mont Guérizim situé au Sud. Selon nos Sages, le Sud est le symbole de la sagesse. «Quiconque veut devenir Sage, qu'il se dirige vers le Sud». La Ménora, chandelier, symbole de la Tora, se trouvait du côté Sud du Michekane. La sagesse recommande justement la réalisation des mitswot, l'obéissance aux lois divines.

La malédiction sera proclamée sur le mont Êbal situé, quant à lui, au Nord. Le Nord est la direction qui annonce le malheur comme dit Yirmiya(2) : «C'est du Nord que le malheur doit éclater sur tous les habitants du pays.» Le Nord est aussi le symbole du yètsèr ha-râ qui, à la manière du Nord qui ne voit jamais le soleil, tend ses pièges à l'être humain. La liberté est proposée aux Bénè Yisraèl. Mais les alternatives sont présentées avec le châtiment ou la récompense qui les accompagnent.

Il est nécessaire, à la veille de la conquête, que les Bénè Yisraèl soient avertis des conditions d'existence dans le pays promis par D'ieu. Ils ne se maintiendront dans la paix et la sécurité qu'en obéissant aux commandements divins. L'idolâtrie est considérée, à elle seule, comme le refus d'obéir à toute la Tora. Aussi, pour cette raison, la Tora souligne-t-elle que quitter la voie tracée par D'ieu équivaut à suivre des dieux étrangers.

Le Midrache(3) rapporte :

«Le Saint béni soit-Il dit : obéissez-moi car nul, m'ayant suivi, ne fut jamais perdant. Nos Maîtres enseignent : Parfois un homme perd à suivre sa femme, et, au contraire, un autre gagne. Comment? Le premier homme, obéissant à sa femme, fut perdant. La preuve? Il est dit(4) :

«Parce que tu as cédé à la voix de ton épouse...»

Pour Rabbi Yitshaq, ceci fait penser au roi qui ordonne à son serviteur de ne goûter à rien jusqu'à son retour du bain. Sa femme lui dit : goûte ce plat afin que [le roi] ne soit pas obligé d'y ajouter du sel ou de la vinaigrette. À son retour, l'ayant remarqué se léchant les lèvres, le roi dit : je t'ai pourtant ordonné de ne point manger et tu as mangé! Il répond : Majesté, votre servante m'en a servi. Le roi reprit : tu obéis donc plus à ta servante qu'à moi!

Ainsi donc s'exprime le Saint béni soit-Il en s'adressant à Adam(5) :

«Mais l'arbre de la science du bien et du mal, tu n'en mangeras point.» Que fit Hawa? Elle lui en servit à manger.

Pour Rabbi Abine, [Hawa] ne faisait que pleurer et geindre auprès de lui de sa voix jusqu'à ce qu'il en mangeât. Il est écrit en effet : «Tu as cédé à la voix de ta femme.» Il n'est point écrit aux paroles de ton épouse, mais à la voix de ton épouse. Le Saint béni soit-Il l'interroge(6) :

«Cet arbre dont je t'avais défendu de manger, tu en as donc mangé?» Il lui répond : Mon Seigneur, ta servante m'en a servi! Tel qu'il est dit(7) :

«La femme que tu m'as associée, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre et j'ai mangé.» Devais-tu, lui dit-Il, obéir plus à Hawa qu'à Moi? Aussitôt, il fut exilé tel qu'il est dit(8) :

«Ayant chassé l'homme, il porta en avant du jardin de Êdène les chérubins, avec la lame de l'épée flamboyante, pour garder les abords de l'arbre de la vie.» Ainsi Adam perd en obéissant à son épouse.

Mais il y en a un qui, obéissant à son épouse, gagne. Il s'agit d'Abraham. Comment? Il est dit(9) :

«Saraï dit à Abram : «Hélas! L'Ét'ernel m'a refusé l'enfantement. Approche-toi donc de mon esclave : peut-être, par elle, aurai-je un enfant.» Abram obéit à la voix de Saraï.

Rabbi Chémouèl, fils de Nahmani dit : ceci fait penser à celui qui eut un enfant. Un astrologue l'ayant vu dit : cet enfant sera un maître brigand. Son père devra le rejeter. Le père, l'ayant entendu, se dit : rejetterai-je mon fils? Le père de l'astrologue, l'ayant appris, leur dit : faites tout ce que mon fils vous demande. Ainsi Saraï, ayant vu Yichemaêl dériver vers la mauvaise éducation, dit à Abraham(10) :

«Renvoie cette esclave et son fils...La chose déplut fort à Abraham.» Le Saint béni soit-Il, s'étant révélé à lui, dit(11) :

«Ne sois pas mécontent au sujet de cet enfant et de ton esclave, pour tout ce que Sara te dit, obéis à sa voix...» Il céda à sa voix et en fut récompensé car sa descendance portera le nom de Yitshaq selon le texte(12) :

«Car c'est la postérité de Yitshaq qui portera ton nom.» Le Saint béni soit-Il dit : Si déjà celui qui cède à la voix de son épouse fut ainsi récompensé, celui qui M'obéira le sera davantage. Le roi Chélomo l'exprime clairement(13) :

«Mais quiconque M'écoute demeurera en sécurité, exempt de la crainte du malheur.»

Le midrache illustre bien le problème de la liberté morale. Elle se fonde sur l'existence d'un système de récompense et de châtiment. Il cite deux exemples pris dans l'histoire de l'humanité : Adam et Abraham. Tous deux ont, un moment, le choix de céder ou de résister à la recommandation de leur épouse. Mais tous les deux cèdent. Adam est châtié et Abraham récompensé.

Cependant, le midrache surprend par le choix de tels exemples. Bien plus, tous les deux se trouvent confrontés à leur femme. Pourquoi ne pas choisir un événement où l'homme est face à D'ieu? L'objectif visé est de montrer qu'il y va de l'intérêt de l'homme qui désobéit à D'ieu. Seul cet objectif compte, en effet, pour le midrache.

Sans doute, l'homme est-il enclin souvent à suivre sa femme. Dans sa relation de couple, l'homme a tendance, parfois contre sa volonté, à suivre les recommandations de son épouse, de répondre à ses désirs.

Certes, est-il important de maintenir des relations harmonieuses avec son épouse! Mais cela ne peut se faire aux dépens de l'obéissance à D'ieu. Le critère du bon conseil de l'épouse est celui qui prend en compte la volonté de D'ieu.

Ainsi Hawa demande à Adam de manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. D'ieu l'interdit à la consommation. Mais Hawa le trouve bon, agréable à la vue, pouvant lui donner de surcroît la connaissance du bien et du mal. Pourquoi ne pas essayer? Elle tente l'homme. Ses paroles, ses pleurs et gémissements contraignent l'homme à passer outre la défense divine.

Le châtiment est sévère. Il est exilé, rejeté hors du gane Êdène, du jardin d'Éden. L'homme est désormais privé de la présence de D'ieu qu'il côtoyait à tout instant. Tout le mal de la faute est là.

Dans l'exil, la communication avec D'ieu est interrompue. La faute est une révolte contre D'ieu. Il s'agit du défi lancé par l'homme à D'ieu. Mais, comme dans tous les rapports de force, l'homme laisse des plumes. En principe, renouer avec D'ieu nécessite de gros efforts pour réaliser le double du chemin, sans compter temps perdu qu'il aurait dû investir à servir D'ieu.

La faute d'Adam réside dans son abandon de D'ieu pour obéir à la voix de sa femme. Le choix n'a pas été un choix libre mais un choix imposé par son épouse.

Abraham, en revanche, aimait Yichemaêl. Sara ne renvoie pas Yichemaêl parce qu'il n'est pas son fils. Tout son souci est de protéger son jeune fils Yitshaq de l'influence de ce dernier. La perfection morale de son fils est plus importante que le maintien de relations harmonieuses au sein de sa famille.

Abraham ne comprend pas qu'il faille se séparer de son fils quand il parvient à ramener tout son environnement social à D'ieu. Pourquoi ne pas essayer de le ramener à une meilleure conduite?

Mais c'est tout le problème de l'éducation qui se pose. Faut-il préserver la perfection des uns en sacrifiant ceux qui, par leur conduite, mettent en danger la société?

Sara opte pour la solution la plus difficile : renvoyer Yichemaêl. Cette décision est entérinée par D'ieu. Aussi dure fût-elle, Abraham l'accepte. Il en est récompensé. Car Yitshaq constitue la véritable descendance d'Abraham.

D'ieu appuie donc la décision de Sara mais récompense Abraham pour l'avoir suivie. En cédant à la volonté de Sara, Abraham préserve certes l'harmonie familiale. Il tient, malgré ce qu'il lui en coûte, à ne pas fâcher ni contredire son épouse qui, elle, avait bien constaté le mal résultant de la fréquentation de Yitshaq et Yichemaêl. Une pierre précieuse nécessite de multiples soins et précautions. Elle peut s'abîmer ou se perdre. Mais en la protégeant, il y a de fortes chances qu'elle prenne plus de valeur. Ainsi D'ieu consent que la postérité de Yitshaq porte le nom d'Abraham. Voilà donc Abraham sauvé de l'oubli par Yitshaq.

Ainsi Abraham reçoit sa récompense de D'ieu pour avoir obéi à son épouse dont la volonté, en fait, coïncide avec celle de D'ieu. On pourrait imaginer, partant de là, la récompense que D'ieu réserve à qui obéit directement à Sa volonté.

La liberté est certes donnée à l'homme. Mais, à juger des conséquences, le choix s'impose de lui-même.

Voici les lois et les statuts que vous aurez soin d'observer dans le pays que l'Ét'ernel, D'ieu de tes pères, t'a destiné comme possession; vous les observerez tout le temps que vous vivrez dans ce pays.

Voici les lois et les statuts que vous aurez soin d'observer,

Rav Alchèkh s'interroge sur la reprise de ce verset. En effet, le verset précédent stipule :

Appliquez-vous alors à observer toutes les lois et les statuts que je vous expose en ce jour.

Il aurait dû enchaîner avec le commandement de détruire les lieux d'idolâtrie.

En vérité, les lois et les statuts que la Tora recommande aux Bénè Yisraèl concernent la destruction des lieux où les peuples de Kénaâne avaient honoré leurs dieux.

Ces lois n'entrent en application qu'une fois installés au pays de Kénaâne. Or, le Talmoud(14) énonce ce principe fondamental : la bonne intention pour l'accomplissement des mitswot vaut l'acte...

La répétition enseigne donc que la mitswa de détruire les lieux d'idolâtrie peut être accomplie avant même de conquérir le pays de Kénaâne. Il suffit, pour cela, de l'accomplir en pensée et exprimer l'intention de le faire.

Aussi pour cette raison le texte emploie : Ti-cheméroun la-âssote, vous serez en attente, attentifs à son application. Déjà de loin, vous êtes en mesure, par la pensée, d'accomplir ces mitswot.

Cependant, ajoute Rav Alchèkh, cette mitswa ne sera considérée comme étant accomplie en acte, que si elle est réalisée en pensée par tous. Alors, l'Ét'ernel te donnera en héritage ce pays.

La pensée de tous réalise une communauté d'idées et de pensées et procède à l'unité de tous.

Pour Or ha-Hayim, vivre dans l'attente d'anéantir les lieux de l'idolâtrie dès que les Bénè Yisraèl seront en mesure de le faire constitue, en fait, les lois et les statuts divins.

Dans le pays que l'Ét'ernel, D'ieu de tes pères, t'a destiné comme possession,

Il existe une différence entre mattana, don, et yéroucha, héritage. Le don est conditionnel et, par conséquent, peut être repris. Tandis que l'héritage est par principe permanent. Il ne connaît pas d'interruption. Une succession, par définition, passe de père en fils jusqu'à la fin des générations. Pourtant, le texte emploie, à propos du pays de Kénaâne, don et héritage.

La Tora souligne la possibilité de transformer le don du pays, conditionnel à l'accomplissement des mitswot, en une possession permanente.

Le texte passe du pluriel que vous aurez à observer,  au singulier, le pays que l'Ét'ernel t'a destiné. Pourquoi?

L'emploi du singulier pour le don marque également une condition pour le maintien du don. Il s'agit de l'unité du peuple par l'accomplissement des mitswot. Aussi dit-il que l'Ét'ernel ton D'ieu te destine, à condition que vous les observerez tout le temps que vous vivrez dans ce pays.

Mais Chaâr Bat Rabbim parle de lois et statuts relatifs au pays, ayant trait à la vie dans le pays. Ces lois sont celles des téroumot ou-maâsserot, , prélèvements et dîmes.

Il est nécessaire, dit-il, de les étudier avant même de s'installer en Èrèts Yisraèl afin d'être tous prêts à les appliquer sur les lieux. Cette recommandation se trouve à la fois motivée et confortée par le don du pays de Kénaâne, terre que D'ieu avait promise à Israël.

Vous les observerez tout le temps que vous vivrez dans ce pays.

Pour Mèâm Loêz, la structure du verset permet de relever une contradiction. En effet, de l'expression «les statuts que vous aurez soin d'observer dans le pays», on déduit que ces lois ne sont applicables que dans le pays d'Israël.

Mais, «vous les observerez tout le temps que vous vivrez sur la terre», laisse supposer que ces lois seront en vigueur quand bien même Israël vivrait en dehors du pays.

Hatam Sofèr apprend de «vous les observerez tout le temps que vous vivrez sur la terre» que le peuple d'Israël se doit d'étudier et appliquer les mitswot dans l'exil afin qu'elles ne soient point nouvelles pour lui, au moment où il se réinstalle dans le pays.

Mais Or ha-Hayim souligne que le fait d'observer les statuts permet à la terre de se maintenir entre les mains d'Israël, tout le temps qu'il vit.

Vous devez détruire tous les lieux où les peuples dépossédés par vous auront honoré leurs dieux, sur les hautes montagnes et sur les collines, et au pied des arbres touffus.

Vous devez détruire tous les lieux où les peuples dépossédés par vous auront honoré leurs dieux,

Pour Rav Alchèkh, ce texte sert d'introduction aux versets suivants.

Tel un roi, dit-il, dont le projet est de construire un palais, demande de débarrasser les lieux de toutes les impuretés et saletés avant de commencer les travaux, D'ieu recommande à Israël, avant de faire résider sa Chékhina en Israël, de détruire tous les lieux ayant servi à l'idolâtrie.

Cette recommandation est nécessaire car les Bénè Yisraèl conviendraient d'autorité du choix de ces lieux.

En effet, étant situés sur les hautes montagnes, sur les collines ou dans les sites les plus beaux du pays, ils se seraient contentés de débarrasser seulement l'idolâtrie et les divinités, épargnant, en fait, ces lieux pour les destiner au culte divin. C'est pourquoi, le texte stipule de les détruire, les raser afin qu'il n'en reste pas un souvenir et que l'on érige le lieu de résidence à l'endroit qu'aura choisi D'ieu.

Ainsi, après avoir conquis tous les peuples, la mitswa consiste à détruire les lieux de leur culte. Peut-être, Israël aurait-il quelque difficulté à le faire, croyant que ces divinités peuvent se retourner contre leurs destructeurs, le verset précise, au contraire, «les lieux où les peuples dépossédés par vous...», autrement dit, des divinités incapables déjà de protéger leurs adeptes contre vous.

Tous les lieux,

Il ne s'agit point de détruire montagnes et collines, mais plutôt de déraciner les divinités se trouvant dans ces lieux car, ce faisant, c'est le sol du pays et son relief que vous aurez abîmés et détruits(15).

Renversez leurs autels, brisez leurs monuments, livrez leurs bosquets aux flammes, abattez les images de leurs dieux; effacez enfin leur souvenir de cette contrée.

Cependant, afin de détruire et déraciner leurs divinités, le texte propose une certaine progression qui faciliterait le processus de destruction.

Ainsi, si tu hésites à porter atteinte en premier à leurs divinités, que l'on aille du simple au complexe.

Renversez leurs autels,

Pour détruire les autels, il faut les démonter pierre par pierre. Après quoi,

Brisez leurs monuments,

En les faisant éclater par grands morceaux. Ensuite,

Livrez leurs bosquets aux flammes,

Afin qu'il n'en reste absolument rien, Enfin,

Abattez les images de leurs dieux,

Ces idoles ne sont pas des dieux mais seulement les images de leurs dieux. Les peuples représentaient par de telles idoles les forces célestes qu'ils adoraient en tant que dieux. Ces idoles sont à abattre pour...

Effacer leur souvenir de cette contrée.

Or ha-Hayim, s'interrogeant sur la reprise de cette prescription qui vient après celle de détruire tous les lieux, dit qu'effacer le souvenir de ces dieux revient à leur donner une désignation péjorative qui montre le mépris qu'on leur accorde.

Rav Alchèkh propose cependant une autre explication.

Cette mitswa, dit-il, vise un double objectif : détruire les divinités des peuples, les déraciner de la terre afin de les faire disparaître et, plus encore, briser leur force et leur influence.

Devant l'éventualité de procéder à leur déracinement par les peuples eux-mêmes pour qu'Israël tire profit de ces divinités réformées par son propre adepte(16), le texte tient à en souligner l'interdit.

Au contraire, le devoir est de les faire disparaître car, en fait, en prenant possession du pays, il est de ton devoir de les déraciner car elles ont le statut d'idolâtrie appartenant à Israël n'ayant d'autre forme d'invalidation que de les détruire définitivement.

Vous n'en userez point de la sorte envers l'Ét'ernel, votre D'ieu.

Rachi relie ce verset aux précédents.

Vous ne ferez pas ainsi,

Il s'agit, pour lui, d'interdire de brûler des offrandes à D'ieu en tout endroit. Il ne sera permis qu'à l'endroit que D'ieu aura choisi.

Il propose une autre explication :

«Vous abattrez leurs autels...vous détruirez leur nom, mais vous ne ferez pas ainsi à l'Ét'ernel» : c'est une défense d'effacer le Nom divin, d'arracher une pierre de l'autel. Mais Rabbi Yichemaêl dit(17) : Pourrait-il te venir à l'esprit qu'Israël abatte des autels dédiés à D'ieu? Mais cela signifie, n'imitez pas leur conduite afin que vos péchés ne provoquent la destruction du Sanctuaire de vos pères.»

Kéli Yaqar constate à juste raison que les peuples choisissent, pour installer leurs divinités, les lieux les plus élevés et les sites les plus beaux. Car, dit-il, ce ne sont pas les divinités qui honorent les lieux, mais ce sont les lieux qui confèrent une dignité aux dieux. C'est pour cette raison que la Tora recommande de détruire absolument ces lieux.

En revanche, les Bénè Yisraèl sont tenus de respecter le lieu choisi par D'ieu pour résidence. C'est D'ieu qui confère cette dignité au lieu, à l'endroit qu'Il aura choisi. Ce lieu sert pour invoquer Son Nom. Le prestige du lieu dépend de D'ieu et non le contraire.

Il est d'ailleurs très significatif que le texte souligne :

Mais uniquement à l'endroit que l'Ét'ernel, votre D'ieu, aura adopté entre toutes vos tribus pour y attacher Son Nom, dans ce lieu de Sa résidence, vous irez L'invoquer.

Mais uniquement à l'endroit que l'Ét'ernel, votre D'ieu, aura adopté entre toutes vos tribus,

L'endroit choisi n'est pas désigné, dit Kéli Yaqar, pour ne pas se comporter avec désinvolture à l'égard du Michekane, le sachant à l'avance d'une sainteté temporaire. De fait, il connut trois emplacements différents, à Chilo, à Nob et Guib'ône.

Il invoque une autre raison rapportée au nom de Rambam dans la sidra Wayè-tsè(18).

D'ieu ne désigne pas précisément le lieu de Sa résidence afin d'éviter à toutes les tribus un sujet de désaccord, car chacune aurait voulu avoir ce privilège. Mais, afin de garder intacte l'unité d'Israël, symbolisée par l'union des douze pierres en une seule qui avait servi d'oreiller à Yaâqov, D'ieu retient le choix jusqu'au moment de la construction du Bèt ha-Miqdache. Et pour maintenir l'unité d'Israël, David avait acheté le terrain en faisant cotiser toutes les tribus.

Chaâr Bat Rabbim propose l'explication suivante : si le Yéboussi détenait l'information du choix du lieu du Bèt ha-Miqdache, il aurait disposé de quatre cents ans pour détruire le Mont Moriya. Aussi, pour cette raison, a-t-il tenu secret le choix de l'endroit.

Ainsi donc, servir D'ieu passe en premier par l'acte de destruction des idoles, prouvant surtout que les divinités des peuples sont étrangères et impuissantes, même pour ceux qui les adorent.

1. Dévarim 12, 1-5.

2. in. chap. 1, 14.

3. Dévarim Rabba chap. 4, paragr. 5.

4. Bérèchit 3, 17.

5. id. 2, 17.

6. ibid. 3, 11.

7. Bérèchit 3, 12.

8. Bérèchit 3, 24.

9. id. 16, 2.

10. ibid. 21, 10-11.

11. Bérèchit 21, 12.

12. id. 21, 12.

13. Michelè 1, 33.

14. Qiddouchine 40a.

15. cf. Sifrè sur Dévarim 12, 3.

16. cf. Âvoda Zara 44a.

17. Sifrè sur Dévarim 12, 7.

18. cf. Bérèchit 28, 11.

 


Récompense et Châtiment
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