La vie morale

 


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Récompense et Châtiment
La destruction des lieux d'idolâtrie

La vie morale

L'acte créateur vise avant tout l'homme dont la mission est de craindre D'ieu. L'obéissance au Créateur constitue en fait l'objectif essentiel de la Création.

Le Talmoud(1) cite justement les propos de Rav Yéhouda :

"Le Saint béni soit-Il n'a créé Son monde que dans le but d'être craint, car il est écrit(2) :

"D'ieu a créé les choses de telle sorte qu'on Le craigne."

Rabbi Èl'âzar rapporte plus loin :

"Le Saint béni soit-Il ne possède rien d'autre dans son monde que la crainte du ciel comme il est dit(3) :

"Et maintenant, Ô Israël! Ce que l'Ét'ernel, ton D'ieu, te demande uniquement c'est de craindre l'Ét'ernel, ton D'ieu, de suivre en tout Ses voies, de L'aimer, de Le servir de tout ton cœur et de toute ton âme", et il est écrit par ailleurs(4) :

"Ah! La crainte du Seigneur, voilà la sagesse; éviter le mal, voilà la raison."

De toutes les raisons justifiant l'acte créateur, la crainte du ciel présente l'avantage d'élever l'homme à la dignité d'interlocuteur de D'ieu. Il est le Créateur dans la mesure où l'homme assume sa condition de créature. En tant que créature, il ne saurait se prévaloir que de sa disponibilité à l'obéissance et faire preuve de docilité aux lois divines. Les relations entre D'ieu et l'homme, Créateur et Créature, imposent aussitôt l'établissement d'un système moral auquel l'homme est assujetti.

Sans doute, ce système moral fait-il appel à une échelle de valeurs, le châtiment punissant le crime, et de la récompense rétribuant le bienfait. Est-il nécessaire toutefois de penser à ce système pour se conformer à la morale? Son existence, à elle seule, ne suffirait-elle pas à renseigner l'homme sur l'exigence de vie morale?

Le but ultime de la sagesse consiste surtout à atteindre la crainte du Seigneur. La raison réside là où le mal n'a pas de place. Or l'homme ne peut faire fi ni de la raison ni de la sagesse. Tout le pousse à les acquérir, à les développer en lui.

Bien plus, la sagesse conduit l'homme à la proximité de D'ieu. La tendance naturelle de l'homme est de viser l'absolu et l'idéal. D'ieu ne demande, quant à Lui, qu'à se laisser approcher par l'homme. Tout indique que l'homme comme D'ieu veulent veiller à l'établissement de ces bonnes relations.

Mais tout n'est pas aussi simple! Des atteintes à la vie morale apparaissent et aux bonnes relations avec D'ieu succèdent des tensions.

De toute évidence, il incombe à l'homme d'assumer sa responsabilité. Ces atteintes sont des entorses faites à la sagesse et à la raison. Dans son inconduite, l'homme finit par tomber plus bas que la bête. À quoi faut-il attribuer cette violation de la sagesse?

La réponse est à chercher dans la complexité de la nature de l'homme. Moins il aspire à l'obéissance et plus il s'expose au mal.

Le Midrache livre, à ce propos, un message riche d'enseignements. Citant le verset(5) :

"Voyez, je vous propose en ce jour, d'une part, la bénédiction, la malédiction de l'autre", il rapporte(6) : "C'est ce qu'exprime le texte(7) :

"Écoutez, soyez tout oreilles, n'y mettez aucun orgueil, puisque c'est l'Ét'ernel qui parle." Que signifie "Écoutez, soyez tout oreilles?" Rabbi Tanhouma dit : Le Saint béni soit-Il s'exprime ainsi : Écoutez les paroles de la Tora et n'exprimez aucune parole arrogante car c'est l'Ét'ernel qui parle! Où l'a-t-on dit?(8) :

"Tout cœur hautain est en horreur à l'Ét'ernel!"

Autre explication.

Écoutez les paroles de la Tora et n'écartez pas les oreilles au point de ne pas les prêter aux paroles de la Tora car c'est l'Ét'ernel qui parle. Où l'a-t-Il dit(9) :

"Fermez l'oreille aux leçons de la Loi : votre prière même devient un acte abominable."

Autre explication.

Écoutez les paroles de la Tora, soyez tout oreilles pour les paroles de la Tora. Que signifie "n'y mettez aucun orgueil?" N'éloignez pas le bonheur du monde. Car c'est l'Ét'ernel qui parle. Où l'a-t-Il dit?(10) :

"Si vous consentez à M'obéir, vous jouirez des délices de la terre. Que si vous refusez et vous montrez indociles, vous serez dévorés par le glaive : c'est la bouche de l'Ét'ernel qui le déclare." Que signifie "si vous consentez à m'obéir?" Rabbi Èl'âzar dit : l'épée et le livre sont descendus entrelacés du ciel. [D'ieu] leur dit : si vous appliquez tout ce qui est écrit dans ce livre, vous échapperez à l'épée. Sinon, vous serez tués par cette épée.

Autre explication.

Si vous consentez à M'obéir, Rabbi Léwi dit : cela fait penser au maître qui s'adresse ainsi à son serviteur : voici un collier en or [pour ta récompense], sinon voici les chaînes en fer [pour ton châtiment]. Ainsi proclame le Saint béni soit-Il à Israël : si vous obéissez à Ma volonté, voici le bien et la bénédiction, sinon, c'est la malédiction. Deux chemins s'ouvrent à vous : "Voyez, je vous propose en ce jour, d'une part, la bénédiction, la malédiction de l'autre."

Autre explication.

Rabbi Èl'âzar dit : depuis que le Saint béni soit-Il a révélé [le libre arbitre] à Sinaï, au même moment [il fut précisé](11) :

"De la bouche du Très Haut n'émanent ni les maux ni les biens." Le mal frappe quiconque agit mal. Le bien récompense celui qui fait le bien. Rabbi Haggaï ajoute : non seulement Je leur propose les deux voies, mais Je me suis comporté à leur égard en avant de la justice stricte en leur disant(12) :

"Choisis la vie!"

L'exigence de vie morale, selon le midrache, passe en premier lieu par l'humilité et la soumission à D'ieu. En effet, l'homme ne saurait à la fois respecter D'ieu et avoir une attitude arrogante et hautaine.

L'orgueilleux ne reconnaît pas en D'ieu le Maître du Monde. D'ieu ne le supporte pas car il se pare de l'habit divin. Il est dit en effet(13) : "L'Ét'ernel règne! Il est revêtu [d'orgueil] de majesté." Quiconque développe l'orgueil et ne se soumet pas à D'ieu conteste en fait la souveraineté de D'ieu.

L'orgueil est à la base de tous les défauts et travers. L'homme qui pèche par orgueil serait capable de tous les comportements immoraux. Ainsi est-il prêt à tout moment à réagir avec colère et s'emporter dès lors que sa parole est discutée, mise en doute. Il n'a d'autre référence que lui-même.

L'orgueil l'entraîne bien souvent à passer outre des principes fondamentaux de la morale. Calomnier, vexer, humilier, sont les moindres de ses actes quotidiens.

L'orgueilleux suit un mode de vie singulier. Son unique souci est de justifier un tel comportement. Le maintien extérieur, son exigence vestimentaire, nécessitent une certaine recherche. Pour y faire face, ses moyens ne le lui permettent pas toujours. Tromper, utiliser les procédés illicites, deviennent alors pour lui monnaie courante. Aussi est-ce la raison qui fait dire à Chélomo : "Tout coeur hautain est en horreur à l'Ét'ernel!" C'est dire que l'orgueil doit être banni du comportement de l'homme. Car si déjà les membres de sa propre famille ne peuvent supporter son orgueil, comment la société et, plus encore, D'ieu arriveraient-ils à le supporter?

Toutefois, si l'homme ne parvient pas à se débarrasser facilement de l'orgueil, il lui reste le recours à la Tora. Le fait même de prêter l'oreille à la Tora contribue à affiner l'âme de l'individu au point de la rendre perméable à l'obéissance à D'ieu. La Tora a en particulier ce pouvoir de transformer l'homme qui, peu à peu, abandonne ses tendances, ses désirs et ses volitions pour se mettre uniquement au service de D'ieu.

Pour le midrache, il ne suffit pas d'obéir aux prescriptions de la Tora! Encore faut-il ne pas détacher son attention ni ses oreilles des paroles de la Tora! Une attitude négative face à l'étude de la Tora entraîne fatalement une césure dans les relations avec D'ieu. L'élément maintenant le lien entre D'ieu et l'homme est la Tora.

Grâce à la Tora, la communication avec D'ieu s'établit dans les meilleures conditions. Pour que D'ieu prête l'oreille à sa prière, l'homme se doit également de prêter l'oreille à la Tora divine. L'homme dont le souci est de se soumettre à D'ieu, ne doit rien négliger qui puisse briser les liens harmonieux avec D'ieu. L'homme moral consent donc à vivre selon la Tora et ses principes.

Ainsi donc le midrache livre non seulement la négation de la vie morale, l'orgueil, mais également le stimulus, la Tora qui favorise l'épanouissement de l'homme.

Aussi poursuit-il de ne point, par la désobéissance à la Tora, éloigner le bonheur résultant d'une vie conforme à la morale. Obéir à la parole divine débouche sur une vie de bonheur, pleine de délices de la terre. L'obéissance à la Tora est seule capable d'assurer à la société, au monde, une vie harmonieuse protégée contre tous les désastres pouvant l'affecter. Si donc il y a éloignement de la parole divine, c'est le glaive qui se charge de ramener l'homme à D'ieu.

L'enseignement de Rabbi Èl'âzar est significatif. La Tora délivre l'homme de l'épée qui châtie. Pour lui, la Tora éloigne le châtiment. C'est d'ailleurs suffisant car ne pas subir de châtiment est en soi une récompense. La Tora et l'épée entrelacées sont exclusives l'une de l'autre. Si Tora il y a, point d'épée, mais point de Tora, l'épée exerce son effet destructeur.

Mais Rabbi Léwi va plus loin. L'étude de la Tora et son application font plus qu'éloigner le châtiment. Il existe aussi la récompense pour la docilité à la parole divine. Pour Rabbi Léwi, le fondement d'une vie morale suppose l'existence d'un système de rétribution : châtiment pour l'inconduite et récompense pour l'obéissance.

L'homme sert D'ieu. Deux voies s'ouvrent devant lui : une mène à la bénédiction, au bonheur, l'autre mène à la malédiction. Tel un serviteur, il ne dépend que de lui pour que son maître lui attribue un collier en or, en récompense, ou des chaînes en fer, en châtiment.

Rabbi Léwi fonde la vie morale sur l'existence de la liberté dont l'exercice débouche sur le châtiment ou la récompense.

Pour Rabbi Èl'âzar, la vie morale trouve son fondement dans l'affirmation que "de D'ieu n'émanent ni les maux ni les biens." C'est dire que l'existence de la liberté suffit pour convaincre l'homme que seul son comportement conditionne le bien ou le mal. D'ieu laisse le choix à l'homme d'être dans le bonheur ou, au contraire, de plonger dans la détresse et le malheur.

Cette affirmation présente l'avantage d'investir l'homme de la responsabilité du destin de la société et du monde. L'exercice de la liberté est plus efficient dès lors que le comportement de l'homme a des prolongements sur tout son environnement. Le destin du monde se conjugue déjà au singulier. Ainsi a-t-il le devoir, selon le Talmoud(14) de se considérer et de considérer le monde à moitié innocent et à moitié coupable. Agissant bien, il fait pencher lui-même et le monde vers l'innocence et, par conséquent, vers le bonheur. Agissant mal, il est coupable et rend coupable le monde qui s'attire alors le châtiment.

Toutefois l'exercice de la liberté atteint sa parfaite expression avec l'enseignement de Rabbi Haggaï. D'ieu Lui-même conseille à l'homme de suivre le bien et de choisir la vie morale. L'effort de l'homme n'est pas sans éveiller un écho favorable chez D'ieu. L'assistance divine est là pour soutenir l'homme dans l'exercice de la liberté et dans sa quête d'exigence de vie morale.


1. Chabbat 31b.

2. Qohèlète 3, 14.

3. Dévarim 10, 12.

4. Iyob 28, 28.

5. Dévarim 10, 12.

6. Dévarim Rabba chap.4, paragr. 2.

7. Yirmiya 13, 15.

8. Michelè 16, 5.

9. id. 28, 9.

10. Yéchâya 1, 19 et 20.

11. Èkha 3, 38.

12. Dévarim 30, 19.

13. Téhillim 93, 1.

14. Qiddouchine 40b.