Les bienfaits des mitswot

 


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Mochè contemple Èrèts Yisraèl
La prière de Mochè

Les bienfaits des mitswot

«Maintenant donc, ô Israël! écoute les lois et les règles que je t'enseigne pour les pratiquer, afin que vous viviez et que vous arriviez à posséder le pays que l'Ét'ernel, Dieu de vos pères, vous donne. N'ajoutez rien à ce que je vous prescris et n'en retranchez rien, de manière à observer les commandements de l'Ét'ernel, votre Dieu, tels que je vous les prescris. Ce sont vos propres yeux qui ont vu ce que l'Ét'ernel a fait à l'occasion de Baâl Pèôr : quiconque s'était abandonné à Baâl Pèôr, l'Ét'ernel, ton Dieu, l'a exterminé du milieu de toi. Et vous qui êtes restés fidèles à l'Ét'ernel, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui(1)

Après que Mochè eut imploré l'Ét'ernel de le laisser entrer en Kénaâne pour y accomplir toutes les mitswot reliées au pays, D'ieu oppose un refus catégorique.

Ce refus invoque deux motifs précis. Mochè manque l'occasion de sanctifier l'Ét'ernel. Au lieu de parler au rocher, pour répondre au besoin d'eau des Bénè Yisraèl, il le frappe. Mochè néglige ainsi de donner à ce miracle tout son aspect surnaturel et divin.

Par ce miracle, D'ieu aurait inspiré la foi absolue aux Bénè Yisraèl, surtout pour cette génération qui n'a eu des prodiges divins en Égypte et lors de la traversée de la Mer Rouge que le récit des pères.

Devant la provocation de Zimri Bèn Salou, prince de la tribu de Chimône, qui vient le narguer affublé de la Midyanite Kozbi Bat Tsour, Mochè se devait de réagir vigoureusement et de venger, en présence de tout Israël, l'honneur bafoué de D'ieu. Il ne le fit pas, manquant ainsi l'occasion de réparer la faute précédente de Mériba.

Mochè est condamné non seulement à rester dans le désert, mais à être enseveli face à la divinité de Pèôr pour expier les fautes de ceux qui avaient succombé à cette idolâtrie, en faisant taire toutes ses accusations.

Ce refus donne à Mochè la mesure véritable de l'application des mitswot. Quiconque désobéit se voit châtié dans ce monde. Point n'est besoin d'attendre le monde futur pour y subir tout son châtiment. N'ayant pas sanctifié D'ieu devant les Bénè Yisraèl, Mochè est privé du droit d'entrer en Èrèts Yisraèl. Les Bénè Yisraèl, en revanche, bénéficient de ce privilège. Aussi Mochè les exhorte-t-il à obéir rigoureusement à la volonté divine et à réaliser les mitswot.

Le Midrache(2), abordant le verset(3) :

«Nous demeurâmes ainsi dans la vallée, en face de Bèt Péôr», rapporte : Mochè dit [à Israël] : Quel interdit ai-je transgressé? Pourtant, combien de prières invoquais-je sans recevoir en retour de pardon! Combien de fautes avez-vous commises? Pourtant, Il vous demande : Repentez-vous et Je vous pardonne!

Rabbi Yéhouda, fils de Baba, dit : Par trois fois Israël commet une faute grave. Le Saint béni soit-Il lui dit : repens-toi et je te pardonne. Ainsi, il est dit(4) :

«On appela ce lieu Massa, tentation, et Mériba, querelle, parce que(5)

«[le peuple] querella Mochè en disant : «Donnez-nous de l'eau que nous buvions!» Que dit le texte(6)? :

«Et il dit : «Si tu écoutes la voix de l'Ét'ernel, Ton D'ieu, si tu t'appliques à Lui plaire, si tu es docile à Ses préceptes et fidèle à toutes Ses lois, aucune des plaies dont J'ai frappé l'Égypte ne t'atteindra, car Moi, l'Ét'ernel, Je te préserverai.» Il est rapporté(7) :

«De même à Tab'êra,à Massa, à Qibrote ha-Taava, partout vous avez irrité le Seigneur.» Aussitôt après, le texte dit(8) :

«Et maintenant, ô Israël! Ce que l'Ét'ernel, Ton D'ieu, te demande uniquement, c'est de révérer l'Ét'ernel, Ton D'ieu, de suivre en tout Ses voies, de L'aimer, de Le servir de tout ton coeur et de toute ton âme...» Après «Nous demeurâmes ainsi dans la vallée en face de Bèt Pèôr, », le texte dit :

«Maintenant donc, ô Israël, écoute les lois et les règles que je t'enseigne pour les pratiquer...»

Autre explication.

«Nous demeurâmes ainsi dans la vallée...», quelle a été la cause de notre séjour dans la vallée? Vos mauvaises actions en adorant Pèôr.

Autre explication.

[Mochè] leur dit : Voyez la différence entre vous et moi. Combien de prières, combien de sollicitations, combien de suppliques ai-je adressées! Malgré cela, la décision fut que je n'entre pas au pays. En revanche, vous, vous avez irrité D'ieu pendant quarante ans tel qu'il est dit(9) :

«Pendant quarante ans J'étais écoeuré de cette génération...». Bien plus, les grands d'entre vous se prosternent devant Pèôr, et la droite du Saint béni soit-Il est néanmoins tendue pour recevoir les repentants, tel qu'il est dit :

«Maintenant donc, ô Israël! écoute les lois!» Vous êtes considérés comme de nouvelles [créatures], il a déjà pardonné le passé!»

Ce midrache est très surprenant! Suggère-t-il que D'ieu agisse injustement à l'égard de Mochè? Est-il possible que Mochè puisse prétendre n'avoir pas transgressé d'interdit alors que la Tora souligne tout de même, pour le cas des eaux de Mériba, que Mochè n'avait pas accompli la mitswa de Qiddouche ha-Chèm, ', de sanctification du Nom de D'ieu?

Comment imaginer que D'ieu ait été insensible à la téchouva, au repentir de Mochè alors que pour les Bénè Yisraèl D'ieu les incite, au contraire, à réaliser leur repentir tant Il était prêt à leur pardonner!

Une différence dans l'attitude de D'ieu s'établit, il est vrai, selon qu'il s'agisse de Mochè ou des Bénè Yisraèl. Mochè est l'homme de D'ieu. Il dirige le peuple d'Israël. Tous ses faits et gestes sont scrutés et jugés dans les moindres détails. Une maladresse de Mochè prend des proportions très grandes aux yeux de D'ieu comme aux yeux d'Israël qui peut facilement être amené à s'en inspirer.

Mochè avait l'occasion de réparer sa faute en sanctifiant D'ieu, en présence de tout Israël. Il suffisait d'infliger à Zimri et à Kozbi la mort qu'ils méritaient pour avoir commis le péché d'impudicité entraînant l'adoration de Pèôr. L'absence de toute réaction de Mochè est punie sévèrement. Mochè a tout l'air de dire qu'Israël, en dépit de son attachement à Pèôr, a pu entrer en Israël pendant que lui, malgré ses prières et ses suppliques, s'est vu refuser ce droit.

D'ieu agit différemment avec Israël. Chaque fois qu'il commet une faute, D'ieu est prêt à lui pardonner. Il va jusqu'à susciter l'intérêt pour le repentir afin de lui accorder Son pardon. Les relations de D'ieu avec Israël sont celles d'un père pour ses enfants.

Bien souvent, un père se montre magnanime et patient à l'égard de ses enfants mais non à l'égard de ses serviteurs. Mochè est le serviteur de D'ieu. Une conduite sans reproche est exigée. La rigueur sera de règle pour lui en toute circonstance.

En revanche, pour Israël c'est la clémence et la longanimité. Si Israël a succombé à l'idolâtrie de Pèôr, sa réparation consiste à montrer docilité et obéissance à toutes les mitswot de D'ieu. L'ardeur et l'amour dans l'accomplissement des mitswot purifient le péché d'idolâtrie. C'est dans ce sens que nos Maîtres affirment(10) : «Quiconque respecte le Chabbat, même s'il a été idolâtre comme au temps d'Ènoche, sa faute sera pardonnée.» Le Chabbat équivaut à toutes les mitswot de la Tora, son respect assure le pardon divin. Servir et aimer D'ieu de tout son coeur contribue à procurer bonheur et protection.

Cependant, la deuxième explication souligne, malgré les bonnes dispositions de D'ieu pour Israël, la gravité du péché d'idolâtrie. Le long séjour d'Israël dans la vallée se justifie par les marques d'attachement qu'il témoigne à Pèôr.

Déjà pour le veau d'or, D'ieu avait difficilement accepté le repentir d'Israël. La prière de Mochè avait apporté un pardon temporaire. Ainsi en adorant Pèôr, D'ieu ne fut-Il point prêt à pardonner. L'épidémie et le fléau avaient décimé déjà bon nombre parmi les Bénè Yisraèl. Pinhas, avec son acte de vengeance et sa prière, apaisa D'ieu. Mais Israël dut séjourner longtemps dans la vallée, autrement dit, au plus bas niveau de la perfection morale.

La réparation d'une telle faute nécessite également un long séjour dans la vallée, un séjour qui permet de gravir de nouveau les degrés de la perfection pour mériter de pénétrer en Israël.

Enfin, la troisième explication est celle qui établit de manière précise l'avantage de la prière et le repentir du peuple d'Israël. D'ieu ne fait aucun cas des prières de Mochè. Celui-ci, bien loin de se plaindre, exhorte au contraire les Bénè Yisraèl à faire preuve d'attachement et d'amour pour D'ieu. Cet amour trouvera sa parfaite expression en Èrèts Yisraèl.

Sans doute, le midrache suggère-t-il que le péché d'idolâtrie ne connaîtra une réparation définitive qu'en Èrèts Yisraèl. C'est là qu'Israël s'élève à la connaissance parfaite de D'ieu pour vivre dans Sa proximité. En vérité, pour Mochè, vu sous cet angle, le séjour en Èrèts Yisraèl n'est pas nécessaire. Nul autre mieux que lui ne connut aussi bien D'ieu ni vécut dans Sa proximité.

Néanmoins, le séjour en Israël, à lui seul, n'est pas suffisant. Israël se doit d'obéir à tous les préceptes divins afin que ses relations avec D'ieu évoluent dans l'harmonie totale, harmonie qui trouve sa plus parfaite expression en Èrèts Yisraèl.

Maintenant donc, ô Israël! écoute les lois et les règles que je t'enseigne pour les pratiquer, afin que vous viviez et que vous arriviez à posséder le pays que l'Ét'ernel, D'ieu de vos pères, vous donne.

Maintenant donc, ô Israël! écoute les lois et les règles que je t'enseigne pour les pratiquer,

Voyant qu'il n'a aucune chance d'entrer en Èrèts Yisraèl, malgré les 515 prières ferventes qu'il a adressées à D'ieu, Mochè recommande à Israël d'étudier la Tora en vue d'appliquer les mitswot.

Wé-âtta, , et maintenant.

Cette locution marque l'opposition entre le traitement réservé à Mochè et celui que connaît Israël. Aussi l'appel au repentir est-il mieux indiqué à un moment où tout le peuple est conscient de cette différence de traitement.

Rabbènou Béhayè souligne l'intention du verset : l'enseignement des mitswot n'est valable et complet que s'il débouche sur la pratique. C'est seulement grâce à la pratique des mitswot qu'Israël vivra et se maintiendra dans le pays d'Israël.

Sforno tente d'établir un lien logique entre les deux textes. Mochè se voit privé de son droit d'entrer en Èrèts Yisraèl pour avoir commis la faute des eaux de Mériba. Israël est invité, fort de l'expérience de Mochè, à pratiquer les mitswot pour ne pas tomber sous le châtiment de l'exil. Cette pratique doit être de telle sorte qu'il n'y ait rien à ajouter ni rien à retrancher.

Or ha-Hayim analyse les deux fautes de Mochè, toutes deux le privent du droit d'entrer en Èrèts Yisraèl.

La première fut d'avoir frappé le rocher, au lieu de lui parler. Cette faute réside dans l'ardeur mise à frapper, pensant ainsi accomplir la volonté divine.

La deuxième consiste dans l'absence d'initiative devant la faute de Zimri et Kozbi. Au lieu de se contenter, par son inertie, à attendre l'intervention de Pinhas, Mochè devait mettre toute son énergie à venger l'honneur de D'ieu.

Aussi attire-t-il l'attention d'Israël sur ses propres fautes, l'une relative aux houqim, décrets, celui du rocher donnant des eaux, et l'autre aux Michepatim, jugements, concernant la vengeance de Zimri et Kozbi.

Il termine son exhortation en disant :

Afin que vous viviez et que vous arriviez à posséder le pays que l'Ét'ernel, D'ieu de vos pères, vous donne.

Bien que Mochè fut privé du privilège d'entrer et de séjourner en Èrèts Yisraèl, il n'incite pas moins Israël à la docilité et à l'obéissance des mitswot, car ce n'est qu'en agissant ainsi qu'il méritera d'hériter le pays promis aux Ancêtres.

N'ajoutez rien à ce que je vous prescris et n'en retranchez rien, de manière à observer les commandements de l'Ét'ernel, votre Dieu, tels que je vous les prescris.

N'ajoutez rien à ce que je vous prescris et n'en retranchez rien,

Néanmoins, il attire leur attention sur un surcroît de zèle qui pourrait les priver de vivre en Èrèts Yisraèl comme ce fut le cas pour lui car, dans son emportement, il a frappé le rocher, passant outre l'ordre divin.

De même, un défaut d'ardeur, lorsqu'elle est nécessaire, entraîne également le relâchement dans l'application des mitswot qui débouche sur l'exil d'Israël. En effet, l'absence de réaction appropriée à propos de la faute de Zimri fut, pour Mochè, la cause de l'interdit d'entrer en Èrèts Yisraèl.

N'en retranchez rien,

Kéli Yaqar s'interroge sur le sens qu'il faut donner à cette prescription «n'en retranchez rien». De toute évidence, on peut être enclin à ajouter, retrancher, en revanche, n'est jamais possible. La mitswa n'est mitswa que si elle est réalisée dans sa totalité. Retrancher revient à ne pas accomplir tout simplement cette mitswa.

Pourtant, Rachi affirme :

«Vous n'ajouterez pas. Par exemple, en mettant cinq paragraphes dans les Tefilline, cinq espèces dans le Loulab, cinq Tsitsit, franges. Il faut interpréter de même «Vous ne retrancherez pas.»

Rambane et Rabbènou Béhayè expriment une opinion différente de celle du Sifrè sur la sidra Réè,

Pour eux, la Tora avec ses 613 prescriptions est un ensemble parfait. Et quiconque institue une autre mitswa ou en retranche, s'attaque à l'unité de la Tora. Ainsi Yarob'âm, inventant une fête qui n'existe pas dans le calendrier juif, porte atteinte à l'unité et la perfection de la Tora(11).

Le Talmoud(12) rapporte à propos de la mitswa de la lecture de la Méguila,  :

«Cent quatre vingts prophètes furent désignés [pour diriger] Israël. Ils n'ont rien ajouté ni retranché sur ce qui est écrit dans la Tora, la mitswa de la lecture de la Méguila exceptée, ne fût-ce qu'une seule lettre.»

Le Yérouchalmi(13) rapporte :

«Quatre vingt cinq Anciens, dont de nombreux prophètes, éprouvèrent beaucoup de peine à propos [de la Méguila]. S'étant dit, le texte enseigne(14) :

«Telles sont les prescriptions que l'Ét'ernel a ordonnées à Mochè.» Ces prescriptions furent enseignées par Mochè. Ainsi dit Mochè : aucun prophète n'a le droit de prescrire une nouvelle mitswa. Comment alors Mordékhaï et Esther se sont-ils pris pour prescrire cette mitswa? Ils n'eurent de cesse à en discuter jusqu'à ce que le Saint béni soit-Il éclaire leurs yeux.»

Ainsi était-il absolument interdit d'ajouter cette mitswa. Cependant, les Maîtres du Talmoud décident parfois de dispositions nouvelles. Il s'agit des interdits constituant une barrière protectrice pour la Tora. Cela seul est permis.

Toutefois, pour Kéli Yaqar, «ne rien retrancher» n'est pas en soi une prescription. Ce serait plutôt la conséquence de la prescription de «ne rien ajouter». Ainsi se lirait donc le texte : «N'ajoutez rien à ce que je prescris afin que vous n'en ayiez rien à retrancher.»

Ainsi s'exprime le Talmoud(15) : «Ne t'irrite pas et ne péche point. Ne t'énivre pas et ne faute point.» Ce qui revient à dire : «Ne t'irrite pas afin de ne point pécher. Ne t'énivre pas afin de ne point fauter.»

Le Talmoud(16) enseigne : «Quiconque ajoute, retranche.» En effet, augmenter le nombre ne peut se faire qu'au détriment de la qualité. Ainsi la perfection de la Tora ne se réalise-t-elle que si elle est prise dans son intégralité, dans son ensemble. Décider de placer cinq paragraphes dans les Téfilline de la tête ne serait possible qu'en plaçant dans les Téfilline de la main trois paragraphes au lieu de quatre.

Ce sont vos propres yeux qui ont vu ce que l'Ét'ernel a fait à l'occasion de Baâl Pèôr : quiconque s'était abandonné à Baâl Pèôr, l'Ét'ernel, ton D'ieu, l'a exterminé du milieu de toi.

Quiconque s'était abandonné à Baâl Pèôr, l'Ét'ernel, ton D'ieu, l'a exterminé du milieu de toi.

Chaâr Bat Rabbim s'interroge sur la preuve avancée à partir du traitement infligé à quiconque s'était abandonné à Baâl Pèôr,  et qui s'appliquerait à quiconque ajoutera ou retranchera aux prescriptions divines.

Rav Alchèkh voit justement dans l'approche des Bénè Yisraèl concernant Baâl Pèôr la preuve qu'il ne faut point ajouter aux prescriptions divines.

En effet, la Tora ordonnant(17) : «Ne vous adressez point aux idoles...» interdit sous toutes les formes de s'adresser aux idoles. Mais les Bénè Yisraèl pensaient qu'en humiliant Pèôr ils accomplissaient une mitswa. Cette prétendue mitswa, ajoutée à l'interdiction divine qui, bien que partant d'une bonne intention, fut considérée comme une transgression entraînant l'anéantissement de tous ceux qui s'étaient abandonnés à Baâl Pèôr.

Aussi, pour cette raison, Mochè leur rappelle le châtiment infligé à ceux qui avaient introduit une nouvelle notion dans la manière de servir D'ieu. Ce châtiment est si réel que leurs propres yeux l'ont vu, . Comme ils se sont rendu compte de la récompense de ceux qui se sont contentés de rester fidèles à D'ieu sans chercher à créer une nouvelle disposition dans le système de la Tora.

Cependant, il est difficile dans le contexte de la Tora que l'on puisse parler de possibilité d'ajouter aux prescriptions divines. La logique commande, au contraire, que les Bénè Yisraèl se limitent aux 613 mitswot. Il y a tant de difficultés à obéir à l'ensemble de ces mitswot pour que l'on envisage d'ajouter. Dans cette perspective, c'est le fait de retrancher qui pourrait freiner l'envie d'ajouter.

Ainsi, si les Bénè Yisraèl désiraient limiter le nombre de prescriptions, il eût été facile pour eux de déclarer qu'ils n'étaient prêts à accepter qu'un nombre moins important afin que D'ieu les limite au nombre de 613. Tel un peuple qui, bien que capable de payer les impôts décidés par le roi, décide de lui envoyer une délégation pour marchander au rabais le montant. Ce faisant, le but est de montrer tant de difficultés à payer la somme fixée pour finalement la maintenir à ce montant et ne pas l'augmenter.

Mochè se fait rassurant. Point n'est besoin de craindre une telle possibilité car D'ieu n'a nullement l'intention d'ajouter d'autres mitswot. Il revient, quant à Israël, de n'en rien retrancher.

En outre, le châtiment infligé à quiconque s'est abandonné à Baâl Pèôr constitue une preuve suffisante à l'interdiction d'ajouter aux prescriptions divines. En fait, pour des fautes beaucoup plus graves, le veau d'or et l'envoi des Explorateurs, D'ieu ne réagit pas avec autant de sévérité et de rigueur.

Par ailleurs, le fait de penser qu'en humiliant Baâl Pèôr, les Bénè Yisraèl trouveraient grâce aux yeux de D'ieu, nécessitait un châtiment prompt et rigoureux pour souligner l'interdit d'ajouter aux prescriptions divines. Quant aux autres révoltes, D'ieu laisse, en revanche, le temps nécessaire à leurs auteurs pour leur permettre de réaliser leur repentir.

Pour Or ha-Hayim, comme Rambane, la Tora attire l'attention d'Israël sur l'accomplissement des mitswot. En effet, l'exemple de l'idolâtrie est-il édifiant. Bien que coupable au niveau de la pensée, l'idolâtre n'en est pas moins considéré comme ayant commis un acte et, par conséquent, puni avec toute la rigueur divine. Méditant cela, Israël aura à coeur d'accomplir toutes les mitswot.

Et vous qui êtes attachés à l'Ét'ernel, votre D'ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui.

Et vous qui êtes attachés à l'Ét'ernel, votre D'ieu,

Le texte devait s'écrire ainsi : Et vous tous qui êtes restés fidèles à l'Ét'ernel, non vous qui êtes attachés!

Il y a quatre types de pensées inadéquates dans le domaine de la foi.

En premier, certains pensent que l'âme humaine ne peut s'attacher qu'aux anges et non à D'ieu Lui-même. Deuxièmement, ils pourraient concevoir la possibilité de s'attacher à D'ieu mais après la mort.

La troisième catégorie pense qu'un tel attachement à D'ieu n'est possible que pour des Saints, des êtres exceptionnels qui sont proches de D'ieu.

Enfin, ne peut s'attacher à D'ieu que l'homme qui atteint la vieillesse, à un moment où les appétits et les tendances matériels se sont apaisés.

Mais en vérité, toutes ces doctrines sont dans l'erreur. Car l'âme, étant d'origine divine, est apte à s'attacher à D'ieu. Des Justes, Hanokh, Mochè, Èlyahou, et tous les prophètes se sont attachés à D'ieu de leur vivant. Nombreux sont ceux qui, dans leur jeunesse, et non quelques particuliers, vécurent en proximité de D'ieu.

Le texte souligne bien : Vous qui êtes attachés à D'ieu, non pas quelques exceptions, mais tous, du plus petit au plus grand, non pas à la vieillesse ou après la mort, mais vivants aujourd'hui.

Mochè ayant parlé à D'ieu en présence de tout Israël constitue en soi la preuve que l'on peut s'attacher à D'ieu même de son vivant.

Or ha-Hayim s'interroge sur l'emploi de , et, conjonction de coordination dans «et vous qui êtes attachés», ainsi que l'emploi de , article défini dans ha-débèqim,  attachés.

En vérité, ils méritaient également, dit-il, de subir le même châtiment que ceux qui se sont abandonnés à Baâl Pèôr. Mais ce qui les sauve, c'est bien le fait d'être attachés à D'ieu par l'acte de repentir.

Le waw pourrait également signifier que même tous ceux qui se sont attachés à D'ieu, ne serait-ce qu'en pensée, eurent le bonheur de vivre tout comme le châtiment avait frappé ceux qui s'étaient laissés séduire par Baâl Pèôr en pensée même s'ils ne l'avaient pas adoré en acte.

L'emploi de l'Ét'ernel votre Dieu se justifie pour Or ha-Hayim par l'enseignement du Zohar(18). Les prescriptions positives, mitswot âssè, sont désignées par le Nom de l'Ét'ernel'. Tandis que les interdits, mitswot lo ta-âssè, sont désignés par D'ieu. Être attaché à D'ieu nécessite d'accomplir toutes les prescriptions âssè et lo ta-âssè, symbolisées par la mention l'Ét'ernel votre D'ieu afin de mériter la vie.

Il est cependant difficile de demeurer attaché à D'ieu. Cela n'est possible que si l'on se considère vivant aujourd'hui, autrement dit comme si demain l'on devait mourir.

La Michena(19) précise, en effet, au nom de Rabbi Èliêzèr : «Repens-toi un jour avant ta mort.» Or, comme l'homme ignore le jour de sa mort, chaque jour sera considéré comme étant celui qui précède sa mort, et son repentir sera permanent. Ce faisant, il aura passé sa vie dans l'attachement total à D'ieu(20).

Ainsi donc l'attachement à D'ieu, s'exprimant par l'accomplissement des mitswot, ne saurait déboucher que sur la félicité, une vie de bonheur dans les deux mondes.

1. Dévarim 4, 1-4.

2. Yalqout Chimôni paragr. 823.

3. Dévarim 3, 29.

4. Chémot 17, 7.

5. id, 17, 2.

6. ibid. 15, 26.

7. Dévarim 9, 22.

8. id. 10, 12.

9. Téhillim 95, 10.

10. Chabbat 118b.

11. cf. Mélakhim 1. 12, 33.

12. Méguila 14a.

13. Méguila chap. 1, paragr. 7.

14. Wayi-qra 27, 34.

15. Bérakhot 29b.

16. Sanhèdrine 29a.

17. Wayi-qra 19, 4.

18. cf. Vol 3. 238b.

19. Avot 2, 10.

20. cf. Chaâr Bat Rabbim.

 


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